Mercredi après-midi, une dizaine de scouts
pénétrèrent dans la cour de l’Elysée, sous l’oeil médusé des gardes et du
concierge qui crurent avoir affaire à une délégation officielle.
Le chef, abordant le fanion de la troupe, et suivi de
ses « louveteaux » âgés de huit à douze ans, gravit d’un pas assuré les
marches de l’Elysée et se présenta au chef des huissier :
- Nous demandons à voir le
président, déclara le plus âgé, d’un ton très assuré.
Le chef des huissiers, inquiet de ne voir aucune audience
mentionnée sur son registre, prévient M.
Paul Auriol, fils du président. Celui-ci fit venir dans son bureau les
jeunes scouts et leur demanda s’il n’y avait pas une erreur sur la date de
réception.
- Mon père, dit-il, préside
le conseil des ministres et ne veut être dérangé sous aucun prétexte.
Le chef de la troupe
expliqua alors que leur plus grand désir était d’assister au Jamboree
international qui doit se tenir à Mantes, dans le courant de cet été. Mais
les organisateurs ont exigé de chaque troupe l’accomplissement d’un
« exploit ».
Or le chef de la petite troupe avait estimé que
pénétrer à l’Elysée et voir le Président constituait un véritable exploit.
M. Paul Auriol rit de bon cœur et regretta seulement qu’il lui fut
impossible même de prévenir son père, en conseil des ministres.
Cependant, le soir même, une lettre signée de M.
Vincent Auriol, était adressé au chef de la petite troupe scout, dans
laquelle le président l’assurait de toute sa sympathie et lui déclarait
qu’il serait heureux d’assister au Jamboree, voire même de le présider.
Les organisateurs n’en avaient jamais rêvé tant.