Par M. GAUFFENY,
INSPECTEUR À LA DIRECTION DES SERVICES POSTAUX DE LA RÉGION DE PARIS
et MM. OLLIER et ROUGEOREILLE,
INGÉNIEURS EN CHEF À LA DIRECTION DES SERVICES TÉLÉGRAPHIQUES ET TÉLÉPHONIQUES DE LA RÉGION
DE PARIS (EXTRA-MUROS).
Lorsque, des juillet 1946, furent jetées les bases de l'organisation postale du Jamboree,
l'Administration nous délégua auprès de l'Office néerlandais aux fins d'obtenir des
données aussi précises que possible sur le trafic observé au Jamboree de Vogelenzang 1937 .
Reçu à La Haye avec la plus grande courtoisie, nous eûmes la bonne surprise de nous
y trouver attendu, l'Office néerlandais ayant consulté de même l'Office hongrois
sur le Jamboree de 1933, lorsqu'il s'était agi pour lui d'organiser le Jamboree de 1 937.
Les autorités postales néerlandaises nous donnèrent tous les renseignements
désirables avec le plus affable empressement. Qu'elles veuillent bien trouver ici
l'expression de notre gratitude.
Nous avons remarqué, dans un article de la revue Tijdschrift voor P. T. T.
(n° 6 de décembre 1937), qu'il était question des " enseignements " dont
pourraient bénéficier ceux qui seraient chargés de l'organisation du prochain
Jamboree. Ainsi, des collègues hollandais avaient pensé, il y a dix ans, à
faciliter notre tache. . .
Nous n'avons pas manqué d'avoir la même préoccupation vis-à-vis de nos successeurs
et nous tiendrons à leur disposition, dans quatre ans, s'ils désirent la consulter,
toute la documentation utile, statistique ou autre, sur le présent Jamboree.
Nous sommes donc revenu de La Haye avec une ample moisson de renseignements
concernant les diverses branches du service: poste, télégraphe, téléphone, et
même radiodiffusion Ils nous ont aidé efficacement dans notre travail.
Problème posé.
Le problème était de desservir en pleine nature, une agglomération de 30.000 scouts
(dont 20.000 étrangers), participants de base du Jamboree, auxquels il convenait
d'ajouter 15.000 scouts de passage.
Ces derniers étaient des scouts qui, n'ayant pas eu la chance d'être sélectionnés
pour le Jamboree, avaient été autorisés à venir faire un séjour de deux jours au camp.
Ils furent acheminés de tous les points de la France par trains spéciaux et se
succédèrent à la cadence de 3.000 par 48 heures.
Si l'on tient compte par ailleurs des 3.000 unités chargées des différents services
du Jamboree, des commerçants autorises à tenir une boutique, des invités et des
visiteurs, le nombre total de personnes à desservir en permanence atteignait
facilement 40.000.
Période de fonctionnement des services des Postes, des Télégraphes et des Téléphones.
Bien que la durée officielle du Jamboree ait été fixée du 9 au 19 août, la durée
de fonctionnement du bureau de poste temporaire fut prévue pour une période
s'étendant du 28 juillet au 25 août 1947. Nous verrons que, dans la réalité,
l'ouverture dudit bureau ne put se faire que le 30 juillet.
A noter que le service téléphonique fonctionna officiellement des le 15 juillet
mais, dans la pratique, plus tôt encore. La présence du bureau dans ce coin désert
était nécessaire dans la période pré-Jamboree pour permettre l'installation matérielle
du camp et la mise en place progressive des services. Pour des raisons analogues,
le bureau fut très utile pendant la période post-Jamboree (19 au 25 août).
Le terrain.
Le camp était situé au milieu d'un terrain boisé de 600 hectares, dans une boucle de
la Seine entre Rolleboise et Bonnières près du village de Moisson (Seine-et-Oise).
Il était à une distance de 9 kilomètres de Rosny-sur-Seine, 1 5 kilomètres de Mantes
et 70 kilomètres de Paris.
On trouvera ci-après le plan du camp avec son échelle. Il mesurait 3 kilomètres
dans sa plus grande longueur et près de 2 kilomètres dans sa plus grande largeur.
Pour faciliter les déplacements, un petit chemin de fer à voie étroite fonctionnait
sur les routes circulaires, sur un trajet total de 8 kilomètres.
Les Éclaireurs étaient répartis en 15 sous camps comprenant chacun 2.000 jeunes gens.
Les éclaireurs de passage étaient groupés dans un seizième dénommé camp des Passereaux.
D'autres sous camps abritaient le G. Q. G., le service de santé, comprenant notamment
un hôpital de 200 lits muni des derniers perfectionnements. Il y avait en outre, un
camp civil, un camp féminin, une banque et un marché ou foire par sous camp de quelque
importance (8 en totalité).
Le bureau de poste était situé sur la partie du terrain réservée au marché principal
et aux grandes manifestations publiques.
Chaque sous-camp était désigné par le nom d'une province française. Il comprenait:
une majorité de scouts français originaires de la province qui avait donné son nom
au sous-camp, un contingent de scouts de l'Ile de France et des contingents de scouts
étrangers.
A remarquer que les scouts d'une nationalité donnée n'étaient pas réunis dans le
même sous-camp, mais répartis entre plusieurs. C'est ainsi que l'on trouvait des
scouts des États-Unis, dans 5 sous-camps, des Suisses dans 4 sous-camps, etc. Ce
brassage avait été réalisé pour permettre aux nationalités de se mieux pénétrer
et aux jeunes gens de se mieux connaître. Mais il ne facilita pas l'exécution du
service postal.
50 boites aux lettres ordinaires, dont 10 de grand modèle et 10 boites-avion
avaient été installées sur le terrain, a des endroits judicieusement choisis.
Dans chaque foire, il existait un poste de vente de timbres-poste au détail
tenu par les scouts.
Le local.
Le local fut l'œuvre de l'architecte du camp M. Max INGRAND, conçue en collaboration
avec le Service des Bâtiments de la Direction régionale des Postes de Paris.
C'était une baraque de 46 mètres x 15 mètres, de fort belle allure. Elle avait été
calculée largement, celle de Vogelenzang s'étant révélée trop petite en raison de
ce que les scouts aimaient, en général, à venir au bureau de poste.
Elle donna bien du souci aux organisateurs et, par contrecoup, a nous-mêmes.
Une fois nos besoins déterminés, les autorités scoutes avaient espéré, en effet,
constituer le local au plus économique en accolant plusieurs baraquements prêtés
par l'armée ou prélevés sur les surplus américains. Ni l'une ni l'autre de ces
solutions n'ayant abouti, le bâtiment dut être commandé spécialement à une entreprise.
La grosse difficulté pour se procurer les matériaux nécessaires fit que la baraque,
promise pour le 15 juillet au plus tard, ne fut livrée que le 26 au soir, soit
quarante-huit heures avant la date primitivement fixée pour l'ouverture du service.
Et il fallait la peindre, la meubler, faire les installations électriques, poser
des mètres carrés de vitres, les tablettes écritoires, installer les boites aux lettres,
etc.
Comme dans toute exposition ou manifestation de cet ordre qui se respecte,
l'ouverture ne pouvait se faire que dans les plâtres, (si tant est qu'il fût permis
de parler de plâtre, s'agissant d'une construction de toile et de bois contreplaqué) !
Il parut plus sage de reporter cette ouverture du 28 au 30 juillet.
Il ne put en être de même pour le Central téléphonique des Postes, des Télégraphes et
des Téléphones qui exigeait plusieurs semaines de travaux d'installation. Dans
l'impossibilité ou se trouvaient les organisateurs de fournir le local suffisamment tôt,
l'installation du Central des Postes, des Télégraphes et des Téléphones fut faite dans
une baraque séparée située a gauche de la baraque principale et masquée ultérieurement
par un prolongement de la façade de cette dernière, pour satisfaire al' esthétique.
Le local comportait: après une entrée en retrait formant véranda, la salle du public
avec 12 guichets, puis, a gauche, la salle des cabines téléphoniques séparée de la
salle du télégraphe par une salle de vestiaires.
A droite de la salle du public, se trouvaient: le cabinet du receveur le bureau
d'ordre, et enfin les services de départ et d'arrivée avec cabine des chargements.
L'aménagement du bureau, son ameublement et son outillage furent particulièrement
soignés. L'Administration possédait ainsi le moyen de faire face à la situation quel
que fût le trafic.
Organisation postale
Les moyens d'action en matériel et en personnel avaient été calculés pour permettre d'acheminer journellement en période active du camp:
100.000 correspondances au départ;
60 à 80.000 correspondances à l'arrivée.
L'ouverture journalière des services du camp avait lieu à 10 heures (envoi des couleurs); la fermeture à 19 heures (rentrée des couleurs).
Les autorités avaient demandé que les guichets postaux suivissent l'horaire commun. Mais les services de départ et d'arrivée fonctionnèrent naturellement en dehors de ces heures. De même, les cabines téléphoniques publiques et les guichets télégraphiques furent ouverts sans interruption de 8 heures à 20 heures.
A.GUICHETS.
Les 12 guichets participèrent tous à la vente des timbres-poste. Ils étaient répartis comme suit:
- 10 pour la poste:
- 2 pour le télégraphe (dépôt des télégrammes).
Dans une partie séparée de la salle d'attente, se trouvaient 10 cabines téléphoniques publiques manuelles, desservies par 3 positions de gérante.
10 cabines a prépayement fonctionnant avec jetons étaient disséminées dans le camp.
B. ARRIVÉE. - DISTRIBUTION.
A l'arrivée, les correspondances étaient triées au bureau de poste par sous-camp et remises en bloc au service du Jamboree.
Adresses. - Elles parvenaient avec une suscription libellée, par exemple, de la façon suivante:
Paul V ANLAERE
6 L 12
Jamboree (Seine-et-Oise) France.
Le chiffre 6 indiquait: la nationalité, en l'espèce, la Belgique.
La lettre L indiquait: le sous-camp (lieu géographique sur le terrain) en l'espèce, le sous-camp Languedoc.
Tri postal. - Pour le tri, seule était prise en considération la lettre désignant le sous-camp ou service.
Le chiffre 12 indiquait: la 12 e troupe de la délégation belge.
Il y avait ainsi une trentaine de séparations à effectuer.
Distribution. - Le tri par troupe et la distribution à l'intérieur du camp étaient faits par les soins des Éclaireurs, qui avaient organise dans ce but un service important fonctionnant sous la tente.
Leur équipe postale comprenait 75 jeunes gens parmi lesquels un encadrement de 16 scouts, agents des Postes, des Télégraphes et des Téléphones détache, moyennant remboursement de leur traitement à l'Administration par les organisateurs du Jamboree.
Les objets recommandes, les mandats et les objets grevés d'une surtaxe étaient gardes en instance au guichet et délivrés aux intéresses sur le vu d'un avis en trois langues qui leur avait été remis en cours de distribution avec les objets ordinaires. Cette disposition ne s'appliquait pas aux commerçants, ni aux habitants du camp civil, qui étaient desservis dans des conditions normales par des facteurs de l'Administration.
Il y avait, par jour, trois remises de courrier aux éclaireurs: 7 h. 30, 12 heures et 16 heures pour leur permettre de faire trois distributions vers 9 heures, 13 heures et 1 7 heures.
C. DÉPART.
Un timbre spécial de 5 francs en taille douce, représentant l'insigne du Jamboree avait été émis. On en trouvera la reproduction à la Rubrique philatélique du présent numéro.
Le bureau disposait de deux machines électriques à timbrer, dont l'une à grand rendement, et l'autre en réserve.
Les boîtes aux lettres du Camp étaient relevées concurremment par les Éclaireurs charges de la distribution et un contingent spécial de releveurs cyclistes.
Au bureau, elles étaient oblitérées et dirigées:
a. Les correspondances avion surtaxées: sur Paris-aviation étranger;
b. Les correspondances ordinaires: sur Paris Saint-Lazare, après un tri sommaire: Paris, banlieue, province, étranger avec séparation des principaux pays.
II y avait 7 envois par jour sur Paris-Saint-Lazare et 5 sur Paris-Aviation.
Transport du courrier. - Le transport était assure par un fourgon postal détaché de Paris-Saint-Lazare. De la sorte, le premier courrier du matin était amené directement de Paris (5 h.j6 h. 30), le dernier départ, le soir, était transporté directement à Paris (23h. / 0h.30). Dans le cours de la journée, les autres voyages se faisaient entre le Camp et la gare de Mantes, avec utilisation du chemin de fer.
D. PERSONNEL.
On utilisa un total de 61 agents
II aurait été impossible de détacher un aussi grand nombre d'agents de la Réserve à cette époque de l'année. Aussi l'Administration s'est-elle arrêtée à une solution originale:
Seuls, les cadres ont été prélevés sur la Brigade roulante de la Seine (receveur, contrôleurs principaux et 8 contrôleurs). Les autres agents du service général étaient des agents titulaires ou auxiliaires, volontaires, scouts ou anciens scouts, originaires de toutes les parties de la France. Ils étaient venus en tenue, avec leur équipement complet. En dehors de leurs heures de service, ils avaient le loisir de participer aux activités du Jamboree. Ils étaient logés sous la tente.
Cette formule remporta un plein succès.
Le logement du personnel civil détaché (agents de la B.R., facteurs, gérantes de cabine) posa des problèmes. Il avait d'abord été envisagé de faire venir ce personnel de Paris et de le ramener chaque soir, ce qui représentait trois heures de voyage par jour entre le Camp et Paris-Saint-Lazare (sans compter le double trajet entre le domicile et cette gare).
Finalement, la totalité du personnel fut hébergée au Camp, les gérantes de cabine étant logées chez l'habitant, au village tout proche de Moisson.
A. LES CIRCUITS TÉLÉPHONIQUES.
Les premières évaluations du nombre des circuits nécessaires pour desservir le Jamboree faites selon l'expérience de la précédente manifestation; mais avec une grosse marge d'incertitude, avaient montré la nécessité d'un câble à 1 4 quartes.
Il était, dans ces conditions, tout indiqué de prévoir la pose d'un câble téléphonique MantesJamboree. Ce ne fut toutefois qu'un câble à 7 quartes qui fut établi sur cet itinéraire, du fait qu'il existait déjà un câble à 14 quartes Bonnières-Freneuse-La Roche-Guyon, passant à quelques kilomètres seulement du Jamboree, et dont la moitié des circuits se trouvait disponible. Ce câble offrait d'ailleurs toutes les possibilistes désirables, puisque, partant du centre d'amplification de Bonnières, sur le câble Paris-Rouen 2, il passait en coupure au central de Bonnières; bien que ce câble ne soit pas pupinisé, l'affaiblissement des circuits constitues par cet itinéraire ne dépasserait pas 0,55 neper pour la section Bonnières-Jamboree, ce qui était tout à fait admissible. Il suffisait dès lors de poser 5 kilom. 5 de câble autoporteur à 7 quartes entre Freneuse et le Jamboree, et de greffer ce câble provisoire sur le câble à 14 quartes de Bonnières-La Roche-Guyon pour constituer 14 circuits vers le Jamboree.
L'itinéraire du câble Mantes-Jamboree fut choisi, en tenant compte des besoins des Postes, des Télégraphes et des Téléphones, qui se traduisaient par un groupe d'une dizaine de quartes au départ de Mantes, pour desservir les autocommutateurs ruraux de Dennemont, de Follainville, de Saint-Martin-la-Garenne et de Vetheuil. Toutefois l'Administration admettant des rattachements fil à fil sur les centres importants, des abonnes des localités voisines situées dans un rayon de 5 kilomètres environ, il paraissait opportun de profiter de l'occasion pour rattacher sur Mantes tous les abonnes de Dennemont. Dans ces conditions les besoins des Postes, des Télégraphes et des Téléphones au départ de Mantes dans la direction du Jamboree se réduisaient à 7 quartes, outre le câble nécessaire pour les abonnes de Dennemont. Il fut donc décide de poser un cable à 7 quartes depuis Mantes jusqu'au Jamboree, via Dennemont et Saint-Martin-la-Garenne; de Mantes à Saint-Martin, le câble fut pose en souterrain, puisqu'il devait, dès la fin du Jamboree, servir à des besoins définitifs. Par contre, de Saint-Martin au Jamboree, ce même câble était prolonge par un câble autoporteur (pose sur appuis provisoires) qui devait disparaître dès la fin de la manifestation.
Une seule difficulté se présentait: la traversée de la Seine. Il n'y a aucun pont entre Saint-Martin et Mousseaux, mais la Seine est divisée par une petite île en deux bras d'inégale largeur, l'un de 200 mètres environ, l'autre de 90 mètres seul apte à la navigation, et sur lequel les dangers de rupture d'un câble téléphonique sous fluvial susceptible d'être accroche par l'ancre d'un remorqueur sont à redouter, s'il n'est pas enterre dans le lit du fleuve. Malgré ce danger permanent, on décida de poser en sous fluvial du câble du type autoporteur, et de renoncer à l'enfouir dans le fond du lit de la Seine, en raison des dépenses excessives qu'entraîneraient des travaux de ce genre; on prit toutefois la précaution de poser dans chaque bras du fleuve deux câbles identiques à 7 quartes, distants de 30 à 50 mètres l'un de l'autre et raccordés au câble principal dans deux petites armoires de sous-répartition, situées de part et d'autre de la Seine.
Si, en temps normal, et pour profiter du maximum de sécurité, les circuits étaient répartis entre les deux cab les sous fluviaux, il était possible, grâce aux têtes de câble des armoires de sous-répartition, de les muter tous très rapidement dans un seul et même câble sous-fluvial, en cas d'avarie survenant il l'un d'eux.
Malgré les difficultés résultant de la navigation, tout au moins sur l'un des bras du fleuve, la pose des quatre câbles fut effectuée en une seule et même journée, par une équipe du service aérien Extra-Muros, sans l'aide d'aucune entreprise spécialisée dans ce genre de travaux. Deux bateaux plats d'environ 6 mètres X 1 m. 20, prêtés par le Génie, avaient été assemblés de façon rigide, pour supporter un ponton formant tablier et bac flottant. Une petite vedette à moteur était accouplée de façon fixe à l'arrière de l'ensemble, entre les deux bateaux. Le touret supportant le câble à poser était placé sur des vérins fixés au ponton. Il suffisait de faire effectuer à cet assemblage flottant la traversée de la Seine, en laissant filer le câble, convenablement freiné, pour réaliser les traversées sous-fluviales.
Une opération de ce genre, si simple qu'elle paraisse, demeure toujours d'une réalisation délicate, et nécessite de grandes précautions : c'est grâce au soin particulier et aux préparatifs minutieux dont elle avait été l'objet de la part du service des téléphones de Mantes qu'elle put être menée à bien si rapidement et sans le moindre incident. Ces travaux furent effectués dans la journée du 6 juin 1947.
Ces câbles à moyenne distance desservant le Jamboree, furent raccordés et équilibrés par une équipe spécialisée du service des lignes à grande distance.
La carte ci-dessus en donne le schéma général. La partie de ces câbles située à l'intérieur même du Jamboree fut posée en souterrain, à profondeur très réduite (25 centim.).
Les circuits furent répartis au mieux entre les deux câbles à 7 quartes, compte tenu des possibilités du câble Paris-Rouen 2.
B.LES LIGNES D'ABONNES
En raison du caractère essentiellement provisoire des installations et des délais très courts dans lesquels elles devaient être réalisées, il avait été décidé de ne construire aucune ligne ou portion de ligne en fil nu.
a. Les têtes de ligne furent reliées au central le plus rapproché par des câbles souterrains, en fils de 0 millim. 5. Tous ces câbles étaient du type armé; ils furent enterrés à une profondeur de 25 centimètres environ pour être facilement récupérables; les traversées de route se firent dans des tuyaux en ciment;
b. Les têtes de ligne étaient en assez grand nombre et leur répartition sur le terrain a été faite de telle sorte que la longueur moyenne des lignes soit de l'ordre de 30 à 50 mètres. Les postes d'abonnés étaient reliés aux têtes de ligne par du câble américain à une quarte étoile sous caoutchouc, analogue au câble administratif 4/6.
De la sorte, ces têtes de ligne étaient constituées par une tête de 75/2 ou 75/2 bis placée au sommet d'un poteau consolidé, ne possédant aucun armement en consoles, si ce n'est quelques ferrures uniquement destinées à faciliter l'ascension d'un ouvrier au sommet de l'appui.
2 têtes à 7 paires,
39 à 14
1 à 28
Les longueurs de câble souterrain posées sont indiquées ci-après:
Le câble à 224 paires servait de liaison entre le Central P. T. T. et le central Jamboree; tous les autres câbles étaient des câbles de distribution.
Pour une grande part, chacune des têtes correspondait à un groupe Scout d'une même nationalité, possédant 10 à 12 appareils téléphoniques; c'est pour cette raison qu'il n'a été réalisé qu'un nombre très réduit de têtes à 7 paires.
Les épissures étaient repérées par des piquets blancs marqués P. T. T. et numérotés. Le raccordement de ces câbles fut termine le 2 juillet 1947. Il convient encore de mentionner la pose de petits câbles, hors du terrain du Jamboree:
2.300 mètres de câble à 7 et 14 paires à Rosny, pour desservir le château et la gare spéciale de Rosny-Jamboree;
600 mètres, pour la mise en souterrain d'une ligne téléphonique longeant le terrain de vol à voile de Cherence, affecté au Scoutisme de l'Air et au Centre Inter-Club de Mantes.
C. LES CENTRAUX TÉLÉPHONIQUES
En raison de la gratuité des communications téléphoniques à l'intérieur du Camp du Jamboree, il fut décidé de réaliser deux centraux téléphoniques. L'un fut placé dans une baraque située dans l'enceinte du quartier général de l'organisation du Jamboree. La plus grande partie des postes d'abonnés disséminés dans les différents sous-camps lui furent raccordés. Ces postes, désignés par des numéros à trois chiffres (à partir de 100) ne pouvaient pas demander de communications avec l'extérieur du Camp et étaient donc des postes supplémentaires sans accès au réseau général. Par contre, ils pouvaient être appelés de l'extérieur et être mis en relation entre eux gratuitement. L'autre central téléphonique fut placé dans une baraque voisine du local abritant le bureau des P. T, T. Sur ce central, aboutirent les abonnés ayant souscrit un abonnement temporaire, les postes de service, les différentes cabines télé phoniques ainsi que tous les circuits de liaison avec le réseau général. Ces derniers étaient les suivants:
En outre, 5 lignes de départ vers le central du quartier général du Jamboree et 5 lignes d'arrivée vers ce même central.
Étant donné le caractère temporaire de l'installation à réaliser pour équiper ces deux bureaux, l'Administration décida d'utiliser les multiples téléphoniques démontables qu'elle avait à sa disposition depuis 1939. Ce matériel avait déjà servi lors de la mobilisation de 1939, ainsi qu'en 1944 après la libération pour rétablir provisoirement les communications téléphoniques dans certains réseaux dont le central téléphonique avait été incendié.
Les photographies ci-dessus montrent l'importance de ce matériel.
Chaque multiple téléphonique pouvait recevoir 400 abonnés munis de postes à batterie centrale ou de postes à batterie locale au choix.
Les 40 groupes de relais de 10 abonnés pouvaient, en effet, être adaptés à l'une ou l'autre exploitation par la simple manœuvre d'un bouton poussoir.
Le nombre de positions était de six. Les keyboards entièrement métalliques et étaient équipés de 14 dicordes universels.
Chaque installation fut complétée par une table d'essai mobile, une table de surveillante permettant l'écoute des opératrices et un répartiteur d'entrée muni de 4 têtes de câbles à 112 paires et de 2 têtes de câble à 10 quartes.
Les bâtis de relais, tableaux de jacks et répartiteur étaient reliés entre eux par des câbles sous caoutchouc munis de panneaux de raccordement à 44 points permettant le raccordement par simple accrochage suivant le procédé en usage dans les auto commutateurs du type R-6.
Enfin l'installation d'énergie fut constituée par deux redresseurs chargeurs prévus pour fonctionner sur les secteurs électriques continus ou alternatifs 110/220 volts 50 pps; par deux machines d'appel fournissant le courant à 25 pps et par deux batteries d'accumulateurs alcalins de 150 AH-48 volts. Un groupe électrogène mobile 48 volts, 60 A fut prévu comme secours en cas de manque de secteur.
Pour desservir ces deux meubles téléphoniques, à la demande des organisateurs du Jamboree, on fit appel a des opératrices titulaires ou auxiliaires, volontaires faisant partie d'une organisation scoute. L'effectif prévu pour l'ensemble du service téléphonique fut de 34 opératrices. De plus, 1 contrôleur et 5 agents des installations, furent détachés au Jamboree. Ce personnel était placé sur les ordres du chef du centre téléphonique de Mantes pour le bureau des P. T. T. et sous les ordres de l'état-major du Jamboree pour le central assurant le service intérieur. Les tickets relatifs aux communications échangées avec l'extérieur du camp étaient transmis chaque jour au service de la comptabilité du centre téléphonique de Mantes.
Comme en ce qui concerne le personnel postal, le logement sous la tente et l'organisation matérielle de la vie du personnel téléphoniste furent assurés par l'organisation du Jamboree, ce qui simplifia à l' extrême le problème du transport des agents.
D. CABINES TÉLÉPHONIQUES.
Pour mettre à la disposition de toutes les personnes du camp des postes téléphoniques d'accès facile, plusieurs groupes de cabines téléphoniques furent mis en place:
Les cabines en ciment d'un poids considérable purent être amenées à pied d'œuvre et manipulées aisément grâce à la grue mobile que l'armée française avait mise à la disposition de l'organisation du Jamboree.
E. TÉLÉGRAPHE.
Enfin, deux téléimprimeurs Creed reliés au central télégraphique de Paris furent placés dans le bureau de poste ou un local voisin des guichets avait été prévu à cet effet. Tel fut l'ensemble de l'organisation téléphonique et télégraphique réalisée.
Nombreux furent les visiteurs, français et étrangers, qui manifestèrent leur satisfaction pour la façon dont fonctionnèrent nos services. En effet, malgré des conditions de travail rendues extrêmement pénibles par l'affluence, la poussière et une chaleur de serre, le personnel fut toujours à la hauteur de sa tache. Nos agents rivalisèrent de dévouement et d'entrain : ce fut un facteur non négligeable du succès obtenu. Le volume des opérations se révéla inférieur aux prévisions en ce qui concerne les correspondances ordinaires, mais très supérieur en ce qui concerne les objets recommandés, les articles d'argent, les télégrammes et communications téléphoniques. Ci-après quelques éléments de trafic comparés :
Les 12 guichets furent juste suffisants. La superficie de la salle d'attente également. Et cependant les moyens d'action représentaient le double de ceux mis en œuvre à Vogelenzang.
La vente des timbres-poste fut extrêmement active. Elle produisit 5.001.209 francs dont 863.500 francs dans les 8 postes de vente tenus par les scouts. La vente du timbre spécial à 5 francs intervint pour 3.950.000 francs dans le total, ce qui correspond à 790.000 exemplaires, chiffre impressionnant si l'on tient compte du fait que, jusqu'au 17 août, la vente de cette figurine était limitée à 10 unités par personne.
Les articles d'argent ne chômèrent pas. Deux guichets durent être ouverts certains jours pour le payement. Les 19, 20 et 21 août, notamment, le service dut être prolongé de 21 heures à 23 heures pour payer de nombreux mandats télégraphiques aux éclaireurs en instance de départ.
Le trafic de départ fut écoulé sans difficulté sur Paris Saint-Lazare et Paris-Aviation dans les conditions prévues.
Le nombre de correspondances expédiées par avion représentait près de 15 p. 100 du courrier total de départ: 88.537 sur 615.270.
A l'arrivée, la proportion du courrier par avion fut encore plus grande: .120.340 objets sur 371.671, soit un peu moins de 33 p. 100.
La grosse difficulté à laquelle nous eûmes à faire face provint de ce que beaucoup de correspondances comportaient des adresses insuffisantes ou mal libellées. Cet inconvénient avait déjà été rencontré à Vogelenzang, aussi des recommandations instantes avaient-elles été faites aux éclaireurs par les autorités du Jamboree. Il ne semble pas qu'elles aient produit tout l'effet escompté.
Les objets mal adressés étaient remis au service du " fichier " qui les dirigeait ou s'efforçait de le faire.
En fin de camp, le nombre des objets qui durent être renvoyés pour vice d'adresse ou simplement par suite du départ des intéressés fut assez élevé, mais il convient de remarquer que bon nombre de ces objets, notamment des télégrammes, avaient été expédiés le jour de la clôture du Jamboree, et même après.
La distribution postale et télégraphique fut assurée par des scouts en nombre adapté aux nécessités et dotés des moyens de transport appropriés: bicyclettes, motocyclettes, jeeps.
Le trafic télégraphique dépassa tous les pronostics. A remarquer le grand nombre de télégrammes mandats reçus: 965, surtout les derniers jours du Jamboree. Le 18 août, il en fut reçu 250. L'importance des transmissions ce jour-là obligea le Central à fonctionner pendant toute la nuit, jusqu'à 5 heures du matin.
Les communications téléphoniques échangées à partir des cabines s'élevèrent au nombre de :
Dans ces chiffres ne sont pas comprises les communications demandées par les journalistes à partir des cabines privées mises à leur disposition par les autorités du Jamboree dans l'enceinte du camp de Presse.
Revue des PTT de France (Juillet-Aout 1947)